Le clochard.

Le clochard.
C'était un homme. Pour ne pas dire un jeune homme. Il n'était pourtant pas si vieux. La quarantaine, peut-être moins.
Il avait perdu la quasi-totalité de ses dents, ce qui rendait son sourire tordu et peu accueillant. De ce fait, il ne souriait plus. A quoi bon ? Et à qui avait-il encore à sourire ? Tout le monde était parti.
Il faisait froid. On approchait de Noël et les rue s'enflammaient sous toute cette lumière. Les sapins brillaient, et il avait froid. L'ambiance était à la fête. Chacun riait, mais pas lui. Il essaya de se souvenir la dernière fois qu'il avait rit. Mais c'était peine perdue. Il ne voulait même pas se le rappeler. Avait-il jamais souri? Dans une autre vie, peut-être.
Il tendait la main aux passant qui passaient sans s'arrêter. Sans même le regarder. A bien observer, ils l'ignoraient, mais il n'avait jamais été doué pour observer, surtout ses semblables.
Il plongea un instant ses grosses mains, usées de ne jamais avoir travaillé, dans ses poches trouées. Il était devenu un élément du décor, auquel on ne faisait plus attention, et quand on le voyait, on préférait le voir partir. Mais il ne partait pas. Il était toujours là, avec son long manteau, pour le protéger du vent et du froid. Pas de la pluie, ça ne suffisait pas.
Une vielle femme s'arrêta et lui déposa une pièce dans la main qu'il tendait.
Il la remercia d'un grognement. Peut-être avait-il perdu l'usage de la parole. Il n'essayait plus vraiment, ça ne servait à rien.
Il rentra dans un bar et déposa sa pièce sur le comptoir. Le vendeur, habitué, s'empressa de lui donner sa bouteille de bière, et fut soulagé de le voir partir, tant parce que son odeur trahissait son hygiène, que parce qu'il faisait fuir les clients.
L'homme but la bouteille, puis la jeta dans un coin, du moins à ce qui lui semblait, puis tendit à nouveau la main vers les passants.
- Z'orié pa un t'ite pièce mam'zelle?
Ses mots étaient incompréhensibles, mâchés dans cette bouche abîmée, mais la jeune femme, qui s'apprêtait à traverser, s'arrêta pour le regarder.
Elle avait de grands yeux bleus, couleur de vie, et un étrange sourire, à la fois chaleureux et menaçant, comme une enfant qui a trouvé celui qu'elle cherchait. Comme une lionne qui voit son dîner approcher.
Elle s'approcha de l'homme en cherchant de l'argent dans son sac.
- Pa m'ngé d'pui 3jour'. continuait-il de marmonner.
Mais elle ne l'écoutait plus. Elle glissa dans sa vieille main un billet et elle se pencha pour lui murmurer à l'oreille:
- Si je te revois encore une fois ici, je te tue.
Puis elle disparut dans la foule.
L'homme resta interdit un long moment, avant de se rendre compte que le billet valait plus que tout ce qu'il n'avait jamais possédé, à savoir la plus belle chose au monde, vu son cas, un billet de 1000, et il s'autorisa à sourire, un tout petit sourire aux allures de grimace, qui s'évanouit vite, car il se rappela la menace, qui, même s'il ne la comprenait pas, savait qu'elle ne représentait rien de bon.
Le soir, sans son fin drap, à l'abri du vent derrière une poubelle, il rêva pour la première fois de sa vie, semblait-il. De sa vie de clochard, du moins. Il rêva à cette jeune femme, pour décider, au matin, d'aller voir la police.
Sans trop savoir comment, il se retrouva nez à nez avec un gros policier qui puait la frite et la transpiration.
Il n'avait jamais demandé d'aide à qui que ce soit, persuadé qu'il n'en avait pas besoin, ou qu'on la lui refuserait, au choix. Assis dans cet étrange bureau couleur de pluie, couleur de tristesse, au sec et au chaud, il se demanda ce qu'il faisait là.
- Alors, mon gaillard, quel bon vent vous amène ?
Le gros souriait d'un sourire engageant, mais on voyait qu'il aurait préféré se retrouver assis devant un bon steak frite qu'à attendre que le vieux daigne lui raconter ses problèmes auxquels il n'avait pas envie de penser, à la limite, s'ils étaient facilement résoluble.
- 'ai r'çu ça d'une f'mme, s'efforça d'articuler l'homme, en montrant le billet.
Le policier fit des yeux tout rond, tendit la main pour saisir le billet, mais l'homme le rangea prestement sous son manteau, protecteur comme envers son enfant.
- Et bien, il y en a qui son généreux !
L'homme sourit pour tenter de masquer son scepticisme.
- El' a di k'el' allé m't'ué.
- Pardon ?
- Si j'restais encor' la, v'savez, el' veut que j'parte.
Le vieux en avait les mains qui tremblaient et l'autre ne savait pas quoi faire. Il avait l'air inquiet, l'un comme l'autre, à vrai dire.
Le policier fit mine de chercher quelques informations sur son ordinateur, puis se ravisa et déclara, légèrement plus sur de lui.
- Et bien, mon gas, je crois que ce qu'elle voulait dire, c'est de vous faire plaisir avec cet argent. Vous pouvez vous reconstruire une vie, avec ça, non ?
Le clochard n'avait pas vu cela de la sorte, mais ça lui plaisait bien. Cet homme lui plaisait bien, mais ce n'était pas important, parce qu'il savait quoi faire de cet argent.
Il entra dans un café, et commanda à boire. L'homme le servit et s'étonna du billet, mais ne dit mot. Le vieux but, et but encore, jusqu'à oublier cette rencontre malheureuse. Mais pas de bière, pensa-t-il en souriant intérieurement.
- C'ke v'z'avez d'plu cher !
Criait-il toujours au barman, qui le servait sans broncher.
L'homme ne savait pas compter, du moins pas autant, mais ça lui était égal, il avait assez pour la nuit, au moins, jusqu'au matin.
Titubant et somnolant, il s'accrocha à un panneau de circulation. Il ne riait pas, et peut-être comprenait-il.
S'il n'avait de cet argent pas fait bon usage. S'il avait échoué à se reconstruire, s'il était encore sur ces trottoirs, sans un sous en poche, à quémander comme une minable, s'il replongeait, encore et toujours, sans saisir l'aide qu'on lui tendait, il n'en valait pas la peine.
Au matin, un homme était mort. Il n'était pas vieux, mais l'alcool déjà l'avait tué. Son c½ur avait lâché, le froid l'avait achevé.
Et la jeune femme, là-haut, souriait.

# Posté le lundi 07 décembre 2009 06:54

Modifié le lundi 07 décembre 2009 13:34

Aujourd'hui...

Il y a un an, il neigeait, je me souviens. Il neigeait, et j'étais heureuse.
Aujourd'hui, le soleil brille et je ne comprends rien.
Le soleil pleure ses rayond de lumière. Tout est chaud autour de moi, et comme j'ai froid! J'ai froid et je n'aime pas ça. J'ai froid, je gèle, je meurt.
Le vent me brûle le visage et me glasse le coeur.
Alors je marche et je ne m'arrête pas. Pour qu'un jour, peut-être, je puisse me relever, m'empêcher d'être couchée et meurtrie.
Je crie, j'appelle et j'écoute le silence...
Tout est beau dans ce monde si laid, alors je me laisse tomber et j'attends.
Aujourd'hui...

# Posté le samedi 28 novembre 2009 08:51

Modifié le samedi 28 novembre 2009 11:51

Lune...

Lune...
Il était une fois, une Lune bien trop sentimentale.
A chaque humain qui mourrait, elle se devait de verser une larme.
Chacune de ses larmes faisait monter le niveau de la mer, inondant de la sorte les terres aux alentours.
Les pauvres hommes tentèrent de s'éloigner des rives, mais la Lune, bien trop touchée par la misère du monde, ne pouvait s'empêcher de pleurer.
Les hommes, noyés, aspirés par l'océan, mouraient les uns après les autres, augmentant encore la tristesse de notre pauvre Lune.
Un jour, fatiguée de pleurer, elle se décida à ouvrir les yeux et constata que pas un n'avait survécu à son chagrin.

# Posté le lundi 23 novembre 2009 15:55

Elle ou moi, à choisir...

Elle ou moi, à choisir...
Je me couche en silence sur mon lit. Mes chaussures enlevées et ma robe de nuit enfilée, je me sens plus libre. J'éteins ma lampe de chevet, plongeant la pièce dans une semi-obscurité, éclairée seulement pas la lumière des réverbères que s'infiltre pat ma fenêtre entre-ouverte. Les étoiles et la lune brillent dans le ciel, je le sais, mais je n'y fais pas attention. Un vent léger vient me caresser le corps, me faisant frissonner. Mais je n'ai pas froid. Je fixe le plafond sans le voir. Je me repasse tous les évènements de la journée en boucle. Je vois cette fille, qui est moi sans l'être vraiment. Elle est jolie, certes, avec ses yeux qui pétillent, son sourire plein d'éclat, et cette assurance que je n'ai pas.
La journée, je joue. Je ne sais pas vraiment à quoi. Je joue à être elle ? Ou juste à faire croire aux autres d'être une fille qu je ne suis pas ? Je ne m'aime pas, mais elle, je ne l'aime pas non plus. Populaire, pétasse, égoïste, méchante. Voilà les adjectifs que la caractérisent le mieux. Qui me caractérisent me mieux. Parfois, je me demande si elle, l'image que je donne de moi, n'est pas moi. Et moi, l'image qu'elle se donne d'elle pour mieux s'accepter. Mais cette idée est stupide. Je suis moi, moi et personne d'autre. Enfin, pas si stupide que ça...
A force de les tourner et retourner dans ma tête, ces idées finissent par m'emporter loin, très loin du monde réel. Dans celui du sommeil, de l'imaginaire et du rêve, ou personne ne peut me suivre pour me demander des comptes...

# Posté le mardi 10 novembre 2009 11:56

Loin loin loin! Moi? Nooooon!

Loin loin loin! Moi? Nooooon!
"Sacré Marion! Une fille plutôt "secrète" mais aussi très ouverte! Bravo pour tes progès et ton engagement durant tout ce stage!
T'es une houette fille!
Au plaisir de te revoir,
Benoît
ton mono niteur."

"Quelle fille, très mystérieuse mais vraiment chouette.
J'espère te revoir au plus vite.
Très gros bisous de ton mono.
Nicos."
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# Posté le dimanche 08 novembre 2009 07:23