- Non, Max, attends, je t'en prie.
Elle lui prend le bras et plonge ses yeux dans les siens. Encore une fois, elle comprend tout. Encore une fois, elle regrette. Mais pas de la façon dont il le voulait. Elle sait.
- Pourquoi? Qu'as-tu de plus à dire?
- Je... je suis désolée.
- C'est assez? Tu crois que c'est assez? Tu e crois pas que c'est trop tard...
Sa voix se brise. Ce n'était plus vraiment une question. Plus tout à fait. Comme une façon de regarder la vérité.
- J'espère, en ais-je encore le droit? J'espère, et j'espérais toujours, même quand l'espoir m'aura quitté. J'espère, c'est tout ce qu'il me reste. Tu le sais.
Elle l'attire contre lui. Elle sent une résistance, et elle sait. Elle sait qu'elle l'aime, elle doit le lui dire. Elle doit tout lui dire, mais elle ne s'en sent pas capable. Pas maintenant encore, pas tout de suite. Mais ensuite, elle sait, elle le perdra.
Il s'approche, leurs corps se frôlent, elle relève le visage pour ne pas le quitter des yeux.
- Je ne sais pas comment oublier.
- Je ne te demande pas d'oublier, je...
Je te demande juste d'accepter. Voilà les mots qui devaient sortir de sa bouche. Ceux qu'elle a su retenir. Elle devrait le lui dire, elle le sait, mais pas maintenant, ce n'était pas le moment. Elle devait d'abord le garder. Ensuite, elle verrait. Ensuite, elle le lui dirait. Quand il lui poserait la question, voilà, elle ne pourra pas mentir. Mais pas avant. Pas s'il ne voulait pas savoir.
Mais il ne voulait pas savoir. Simplement, il devait savoir. Mais pas tout de suite. Un jour. Plus tard. Un jour. Un autre jour.
- Je t'aime, Max, c'est vrai.
- Comment le croire encore. Je l'ai vu.
Elle s'assied, il l'imite, et elle glisse ses mains entre les siennes. Elles sont grandes, chaudes, rassurantes. Les doigts de la jeune fille courent le long du poignet de son compagnon, comme par habitude.
Des picotements lui transpercent les doigts. Jamais rien ne fus si agréable.
Ca lui donne la force de lever les yeux pour croiser son regard, et y rester. Ca lui donne la force de parler. De dire, enfin. Pas tout. Bien sûr, pas tout. Juste, juste, ce qu'elle savait, juste ce qu'il voulait.
- Je t'aime et, je te jure, je ne ressens pour personne d'autre ce que je ressens pour toi. Je me souviens de toujours avoir eu peur. Je me souviens de cette constante interrogation, cette constante recherche de l'amour, puis cette compréhension que ça n'arrivera jamais, que ça ne m'arrivera jamais. Je me souviens encore de toutes qui, autour de moi, aimaient, aimaient aimaient!! Et ta soeur en première. Et moi... Moi, rien, je ne savais pas. Alors, l'abandon, la perte d'espoir, la résignation. Tous ces garçons de passage à qui je donnais tout sans jamais vraiment recevoir. Cette constante insatisfaction, et plus, plus cette recherche de l'amour. Non, plus. Je les voyais. Je les voyais qui m'aimaient, et mon Dieu, que je les enviais. Pouvoir, ne serais-ce qu'une fois pouvoir ressentir ce qu'ils ressentaient. Pouvoir, ne serais-ce qu'une fois, leur rendre leur amour.
Elle passe sa main, fine et douce, comme toujours bien soignées, contre son visage sec. Comme à son habitude, comme par automatisme, et un tremblement l'agitait.
Elle se coucha sur le lit, il l'imita, et lui sourit.
- Et puis tu es arrivé.
Il lui retira la mèche qui lui tombait devant les cheveux pour la coincer derrière son oreille.
- Tu étais comme tous ces autres, et je n'avais pas d'espoir. Tout dans ton regard exprimait l'amour, et je t'observais. Je t'enviais, comme tous les autres, et je t'en voulais. De cet amour que tu voulais par-dessus tout me montrer. De cet amour qui ne cessait plus de briller. Comme tous les autres, tu m'aimais, mais tu étais comme tous les autres. Jusqu'au jour où... je m'en souviens, je m'en souviens tellement! Cette incompréhension, ce nouveau sentiment, je ne comprenais rien, je ne voulais pas comprendre, je ne voulais pas espérer, pas encore, et puis tout gâcher. Toujours ce sentiment que j'avais voulu croire, enfin je le trouvais. J'avais peur, frustrement peur!! Mais non, non non non, il ne fallais pas. Tu étais là, tu m'aimais, tu m'as rassurée, et tu me l'as dit. Et, je ne sais pas pourquoi, mais j'en ai douté! Comment pouvais-tu m'aimer comme je t'aimais? Comment peux-tu encore m'aimer comme je t'aime. J'ai eu peur. Peur de cet amour, peur de te perdre, peur que tu ne me quitte, alors, tu voix, j'ai essayé de le cacher, je ne voulais pas tout gâcher. Tout avait jusqu'alors parfaitement fonctionné. Je de vais juste faire comme toujours, mimer, faux-semblant. Je n'avais jamais cru devoir le faire de ce sens. Je n'avais jamais cru aimer autant. Je n'ai jamais aimé personne comme je t'aime, Max. Je n'ai jamais aimé personne, sinon toi. Je t'aime, et je t'aime, et je t'aime, jusqu'à loin, jusqu'à toujours. Dieu sait comme je t'aime. Je t'aime, je t'aime, je t'aime.
Des larmes s'échappaient de ses yeux de pluie, mais elle avait fait ce qu'il fallait. S'il ne l'aimait pas telle qu'elle était, à quoi bon qu'il l'aime?
Jamais encore, elle n'avait pensé ainsi. Mais elle l'aimait, qu'y pouvait-elle?
- Je t'aime, Rimi. Je t'aime.
Alors, d'une étreinte parfaite, je laisse leurs cors se mêler.